
dimanche 30 août 2009
Post-mortem, Philippe Muray continue à nous faire rire !

“Ce dimanche 30 août, des centaines de personnes partageront un éclat de rire (presque) improvisé à l’occasion d’une immense FLASHMOB qui aura lieu à 16h30 en plein cœur de Paris. Le principe : Rassembler un maximum de personnes dans un lieu très fréquenté de Paris afin qu’elles rient ensemble pendant 1 minute pour faire taire le racisme. Comment ça se passe ? Après une séance d’explication et d’organisation, les participants se retrouvent sur le lieu de performance. Chacun se promène l’air de rien.Au premier signal sonore, tout le monde se “freeze” dans sa position et plus personne ne bouge pendant 30 secondes. Puis, au second signal, tout le monde se met à rire passionnément, convulsivement, exagérément… et ce pendant 30 secondes.Des comédiens se cacheront parmi la foule et aideront les participants à extérioriser leur rire le plus sonore. Le but du jeu : surprendre les passants grâce à l’effet de masse et délivrer un message positif. Pourquoi cette Flashmob ? Cette performance est organisée dans le cadre de la soirée “Rire Ensemble : un spectacle contre le racisme”.”
On n'a même pas envie de commenter.
(Titre corrigé in extremis grâce à l'aimable collaboration de Beuchy de Toulouse)
Louis
samedi 29 août 2009
Santé !
Georges a beaucoup pris le train, surtout le TGV. Comme il s'est arrêté de le prendre en 2002, il a échappé à ceci.
Quand le train a démarré, une voix sympa a parlé aux voyageurs : “Bienvenue à bord d’ID-TGV. Les passagers situés dans les compartiments bas se trouvent en “ID-zen”, espace dédié au silence et à la détente – vous êtes priés de mettre vos téléphones sur vibreur et d’adopter la zen-attitude ; les passagers situés dans les compartiments hauts se trouvent en “ID-zap”, espace dédié à la convivialité – si vous ne l’avez pas encore fait, nous vous invitons à faire la connaissance de votre voisin.”
Quand nous disons que l'année 2009 est bien celle décrite par Orwell dans 1984, je vois bien que certains sourient avec un air légèrement accablé, genre "Ah, ce Georges, faut toujours qu'il exagère". Comme d'habitude, je n'exagère pas, je minimise. Je prétends très sérieusement que ce que nous vivons est pire que ce qu'Orwell décrit. Big Brother n'avait pas réussi à faire que les gens aiment les mensonges et la Bonne Pensée qu'il leur faisait ingurgiter à haute dose. Comme le dit très justement Hank : Voilà 40ans que le dragon médiatique nettoie les cervelles au nom de l'amour, de la tolérance et du pacifisme le plus niais. À tel point que nous n'avons même plus besoin d'éminences grises pour modeler nos pensées, puisque nous vivons le temps de la reprogrammation conceptuelle permanente du Spectacle par le Spectacle et des individus par eux-mêmes. Nous avons appris à laver nos propres cerveaux sans l'aide de personne. Nous avons appris à penser précisément ce qui est attendu, au moment où c'est attendu. À voter convenablement. Et à la mettre en veilleuse, consciencieusement, au cas ou les évidences se feraient trop pressantes à nos yeux. À nos vilains yeux, toujours réactionnaires.
Nous sommes désormais au-delà du Spectacle. Ou plutôt, nous l'avons tellement rejoint que nous ne faisons plus qu'un avec lui, que nous ne pouvons plus nous en distinguer. C'est Lui qui pense à travers nous et nous qui pensons par sa grande bouche sympa. "Zen-Attitude" ! Comment peut-on faire prononcer ces mots à un employé d'une entreprise censée nous permettre de voyager en chemin de fer sans que tout le monde ne se jette immédiatement par la fenêtre ? C'est bien la preuve que nos concitoyens ont fait leur cette forme très accomplie de décervelage, qu'ils l'aiment, qu'ils la désirent, qu'ils s'y adonnent corps et âme. À l'époque où les salles de musculation font florès, où tout le monde s'inquiète en permanence de sa santé, on peut soutenir que jamais sans doute le monde ne fut en si petite forme, que jamais l'objectif naturel et vital de la Grande Santé chère à Nietzsche ne fut plus éloigné de l'humain (ce qu'il en reste) du Vivrensemble.
Voilà la vraie, la grande, la terrible vulgarité. Dans mon enfance, on parlait de "distinction". Il fallait se distinguer, non pas comme le pensent les idiots pour se singulariser ou pour se faire remarquer, non, c'est tout le contraire : la distinction dont je parle consistait avant tout à se faire discret, à ne pas déranger, à ne pas parler fort dans les lieux publics, car l'on savait, alors, que la vraie singularité ne se montre pas, qu'elle est une affaire privée et même intime.
Écoutez cette sarabande de Bach, celle de la deuxième partita en ut mineur.
"Sarabande" ! C'est bien d'une danse qu'il s'agit. Elle ne braille pas, elle ne se trémousse pas devant vous en vous prenant par la main. Ce témoignage bouleversant du plus haut génie qui ait sans doute jamais existé sur terre ne fait pas de bruit. Il y a loin des "sarabandes" contemporaines (comme il y a loin du ramadan au carême), hurlantes et vulgaires, à ce chant sublime, à peine chuchoté, preuve que la beauté existe bel et bien. Bach s'est distingué à jamais. Bach nous distingue. Faites l'expérience : écoutez cette sarabande, tout bas, puis allez sur Internet et passez-vous un morceau de rap, ou regardez une vidéo montrant une quelconque gay-pride ou techno-parade. Bien entendu la comparaison est impossible. D'un côté, la vulgarité, la grégarité, la bêtise, dans ce qu'elles ont de plus infernal, de l'autre, Dieu qui nous parle par la voix ténue (et tenue) d'un homme du XVIIIe siècle. D'un coté la noblesse, de l'autre la convivialité. Bach nous octroie une force supplémentaire, nous guide, sans nous forcer, vers la santé, vers la joie, vers nous, vers ce nous qui est au-delà de nous. Id-Zen n'est qu'un des noms de l'Enfer, l'enfer où tous les autres vous tombent sur le râble en hurlant, vous accompagnant partout, ne vous laissant jamais seul. Id-Zap, la Zen-Attitude, ce sont les autres noms du Moimoi, du Soisoi, c'est la mauvaise herbe qui pousse toute seule et vous ronge le portrait, jusque dans les murs que vous essayez en vain de dresser pour vous protéger un peu de l'Enfer grouillant et puant qui ne vous laisse plus aucun répit.
Le gai savoir ne fait pas de bruit.
vendredi 28 août 2009
Le passé est plus important
Il remplit les verres et, prenant le sien par le pied, l'éleva.— À quoi devons-nous boire, cette fois ? dit-il avec toujours la même légère teinte d'ironie. À la confusion de la Police de la Pensée ? À la mort de Big Brother ? À l'humanité ? À l'avenir ?— Au passé, répondit Winston.— Le passé est plus important, consentit O'Brien gravement.2009
« Ben non, évidemment ! »

On savait que Digoux était un gros con très gros et très con, mais il vient encore de battre un nouveau record. Ce type est plein d'humour, comme on va pouvoir s'en apercevoir tout de suite.
Donc, c'était le 20 août dernier. La veille, il avait fait une chaleur de bête. Le soir, au moment de l'apéritif (pris à l'intérieur, car le jardin lui-même était très inhospitalier), l'Irremplaçable et moi-même nous laissons aller à de l'humour douteux. En gros, la chaleur étant ce qu'elle est, nous nous disons que, peut-être, le thermomètre va débarrasser le monde de ma grand-mère (99,5 ans) ou de Mme Camus (98,5 ans).
Le lendemain, vers midi, une dame m'appelle de Royat, pour m'informer de la mort de la mère de Renaud Camus. Elle ne sait où le joindre, sa voix trahit la vieille dame qu'elle est, elle est tellement perdue qu'elle commence à me raconter la moitié de sa vie, ses rapports avec Mme Camus, etc. Tout en lui répondant, je réfléchis à ce que je vais devoir faire. Peu de solutions, en fait une seule : j'ai le numéro de portable de Camus, il va donc bien falloir que je lui apprenne la triste nouvelle. Vachement réjouissante perspective, isn'it ?
Ayant enfin réussi à rompre le contact avec Mme XXX de Royat, j'annonce la nouvelle à Catherine, qui, bien entendu, me laisse me démerder avec mon annonce. Genre : c'est une histoire entre mecs. Elle n'a pas tort. Je compose le numéro, avec le vague espoir que la communication ne passe pas – elle passe. Je suis tellement secoué que j'appelle Renaud Camus “Renaud” (ce qui ne semble pas le surprendre outre mesure) et lui annonce sobrement (j'espère) la nouvelle. Coup de bol, si je puis me permettre, il est déjà au courant. Je manque de très près – soulagement tel – lui dire que “ouf !”, quel bonheur qu'il soit déjà au parfum ; je ferme ma gueule in extremis.
Catherine, juste après, me dit : « Tu ne vas pas le dire sur le blog, j'espère ? ». Moi : « Ben non, évidemment ! » Et, deux heures plus tard, un visiteur (lecteur de Camus) me balance la question que personne encore, depuis trois semaines, n'a eu l'idée de poser : « Au fait, elle est toujours vivante, la mère de Renaud Camus ?» Moi, silence, semi-borborygme, puis : « Ben... j'en sais rien, hein... Elle l'était encore dans le Journal 2006... »
Et nous attendons des gens, ce même jour, qui vont dormir dans le lit de... Enfin, dans le lit des personnes qui passent par ici, quoi...
Mais le meilleur dans tout ça, ce sont tout de même les commentaires (ils n'ont jamais autant mérité leur nom, ceux-là) qui suivent.
Anonyme a dit… Merci, cher Didier, pour ce billet plein de délicatesse. Vous êtes quelqu'un de bien.
Henri Bès28 AOÛT 2009 08:18 pluton a dit… Merci cher Didier. Henri Bès vient à l'instant d'exprimer mon sentiment.
28 AOÛT 2009 08:59
Là, tout de suite, en lisant la prose raffinée d'Henri Bès, on se dit qu'il s'agit d'un second degré bien senti, et qu'il ne lui envoie pas dire. Eh bien non, pas du tout, vous n'avez rien compris, c'est à prendre tel quel, ainsi que le confirme l'admirable Pluton avec une belle sobriété.
Ah, l'humour de Digoux, voilà un beau sujet de thèse ! C'est une des premières choses qui m'ont étonné, chez lui, cet extraordinaire humour, si fin, si léger, si délicat. On comprend qu'entre gens tellement raffinés cet humour-là fasse merveille.
J'ai un frère, comme ça, qui a à peu près le même genre d'humour. Un jour de 2006, alors que nous nous trouvions ensemble en plein soleil dans une camionnette en train de manœuvrer, il avait cru très humoristique de dire au chauffeur, qui attendait pour avancer qu'un petit vieux laisse le passage : « Vas-y, écrase-le, on va finir le travail de 2003. » En 2003, comme on s'en souvient, l'été avait été très chaud et meurtrier pour de très nombreuses personnages âgées, dont notre mère…
Mais j'oubliais le titre du merveilleux et si délicat billet : « Madame se meurt, Madame est morte ! »
jeudi 27 août 2009
Les images plieuses (ip n°1)

Ce titre n'est pas de moi. De toute manière, rien n'est de moi, ici. Rien du tout. Véra n'existe pas, ni Labeuche, ni Silencieuse, ni Marcel, ni même Renaud Camus et son armée pliée. Tiens, même ce brave François Matton a été inventé sur un coup de tête d'un cadre du Parti Intérieur. Son beau-frère était dessinateur, il venait de perdre sa femme, on a voulu lui trouver une occupation, on n'aime pas les mecs seuls.
Org, c'est une femme. Quand elle a perdu son mari, Frédéric Chaupin, elle a un peu perdu les pédales, faut bien avouer. Cosima, la sœur d'Org, elle l'a soignée, elle s'est occupée d'elle durant des mois, ça on peut dire qu'elle a été cool, Cosima. C'est quand elle a rencontré Michel Onfray qu'elle a commencé à déconner. Michel était complètement à l'ouest, il picolait comme un damné, mais il avait encore un côté humain, si vous voyez ce que je veux dire. Quand ils se sont connus, avec Cosima, ils ont disjoncté tous les deux. Michel est devenu sobre mais c'était bien pire. Il s'est mis à lire, et un jour il a changé de nom, comme ça, sans crier gare : il s'est fait appeler Pascal Dusapin. Moi je crois que c'est une idée à la Cosima. Ça lui ressemble bien, je veux dire. Dusapin ! Franchement, faut être un peu con pour gober ça, non ? Bref, depuis qu'elle s'est mise avec Michel, enfin Pascal, la Cosima elle l'a salement laissé tomber, Org. Je me souviens bien, l'Org on la rencontrait dans les boîtes de strip miteuses, fagotée comme l'as de pique, toujours bourrée. Bon, en même temps, on peut dire qu'elle chialait un peu moins, ou alors pas pour les mêmes raisons, c'était déjà ça. Quand elle essayait de parler de Chaupin aux filles du coin, évidemment, ça leur disait rien du tout. À force, elle a commencé à croire que le Fredo il n'avait pas vraiment existé. Après tout, le passé c'est le passé, hein. C'est pas moi qui vous dirai le contraire.
Ces histoires de blog, c'était en préparation depuis longtemps. On avait bien vu tout le potentiel qu'il y avait là-dedans. Mais c'est là qu'Org a été géniale, vraiment. Il suffisait pas d'imaginer, il fallait encore mettre tout ça en forme, et en tirer toutes les conséquences. Ça l'a sauvée, ce truc. Et c'était du boulot, j'vous jure. Le plus gros coup, celui dont on est le plus fier, c'est quand-même Renaud Camus, les Vaisseaux Brûlés, tout ça. Putain, ç'a été un sacré machin a mettre sur pied, ça nous a demandé des mois. Ils s'y sont mis à onze, les mecs qui ont écrit les bouquins. Moi, je me suis occupé de la partie Internet, mais c'était rien, à côté, j'avais qu'à me servir dans les textes, quand on a l'habitude et qu'on est un peu bricoleur ça va assez vite. Je me suis bien amusé, faut reconnaître. Un de mes meilleurs personnages, je crois, c'est la Jacqueline. J'ai cherché longtemps le nom : Voillat. C'est toujours le plus simple qui marche le mieux.
mercredi 26 août 2009
Adrén-aline
Georges a un nouveau passe-temps. Aller sur le forum de l'In-nocence et regarder qui est connecté. S'il voit Aline, il part vite, en courant très fort.
Les ariens (sic)
Encore un charmant copain à Jean-Mimi. Je vous laisse juges du niveau. (Il faut absolument lire les commentaires !)
Cri de Georges
Catherine Viollet

Sans titre (1989)
Lisant ce matin la monographie consacrée à Catherine Viollet, Une Figure libre, je ne peux pas m'empêcher d'être attristé et exaspéré par le texte alambiqué et ridicule du critique intouchable qu'est (était) Bernard Lamarche-Vadel. Catherine n'est pas écrivain, mais elle écrit cent fois mieux que ce sinistre pantin. Notons plus simplement qu'elle dit quelque chose, alors que ce prétentieux bouffi ne fait que jacter en Lamarchevadelien, ce qui ne présente pas le plus petit commencement d'intérêt.
Ce qui faisait tableau, reconnaissance, séduction, et propriété pleine dans l'œuvre de Catherine Viollet nous quitte inexorablement. Impassibilité tendue, immaculée des fonds vierges, et sur cette promesse d'infini et d'aveuglement, en lisière, et quelle que soit l'adresse qui le détermine, un processus de tâtonnements sur les périphéries de figures de contenants.
Encore une figure de la fin du XXe siècle qu'il convient d'oublier bien vite. Pauvre Catherine, tu mérites bien mieux que ça, toi que je revois me montrer "ton soutien-gorge" dans les vestiaires du tennis.
La Peur (en un acte)

Les dialogues de la nouvelle comédie de Georges :
Oui, je crois que ce Visages de la peur est un bon livre. Mais gardons à l'esprit que sa nécessité en fait aussi, hélas, un instrument du pouvoir. A qui, par exemple, la peur du H1N1 sera-t-elle profitable .......?
Commentaire n° 1 posté par Dominique Boudou hier à 16h25
Oui, t'as raison, c'est bien compliqué tiens ! La peur comme instrument de pouvoir est un bon outil, maintes fois utilisé par toutes les dictatures.
Réponse de brigitte giraud hier à 18h32
Les portes ouvrent toujours sur quelque chose. Une porte toujours fermée est-ce que ce n'est pas un regard qui ne veut plus voir ? Une porte toujours ouverte, et à un moment on se chope un refroidissement. Alors, les portes, ça s'ouvre, ça se ferme, ça s'appelle la liberté. On peut choisir de ne pas avoir peur tout le temps.
Commentaire n° 2 posté par Horatio hier à 16h52
Les portes, dans un film de qui toutes ces portes à ouvrir, qui donnent sur d'uatres portes encore. Des portes comme des questions, quoi ? Un questionnement infini de soi-même. Quand aura-t-on fini de se connaître ? C'est la grand oeuvre de la vie.
Réponse de Brigitte giraud hier à 18h36
tout me fait peur...
et en même temps rien ne me fait peur
les deux en même temps
les deux...
je ne choisis pas...je vis
je prends tout ou alors je devrais tout refuser
parce que tout est dangereux, même et surtout ce qui se passe au fond de moi!
et en même temps rien ne me fait peur
les deux en même temps
les deux...
je ne choisis pas...je vis
je prends tout ou alors je devrais tout refuser
parce que tout est dangereux, même et surtout ce qui se passe au fond de moi!
Commentaire n° 3 posté par Coumarine hier à 17h00
Donc prendre et ensuite faire le tri dans ce qui est vécu, choisir de garder me meilleur, vous avez sans doute raison, Coumarine. Merci de ovtre passage. Bonne fin de journée sans peur et sans reproche...
Réponse de Brigitte giraud hier à 18h38
Le film avec ce type (Eddie Constantine) qui ouvre ces portes c'est "Alphaville" de Godard.
Commentaire n° 4 posté par Horatio hier à 19h01
Merci Horacio pour l'info.
Réponse de Brigitte giraud hier à 23h54
Comme le dit Philippe Muray, le grand avantage de notre monde moderne est qu'il n'y a plus besoin de se creuser la cervelle pour inventer des dialogues drôles et des situations loufoques. Il suffit désormais de mettre des guillemets au début et à la fin d'à peu près n'importe quelle tranche de réel.
Savonnette impériale russe
mardi 25 août 2009
Plugged

La Bloge selon George Orwell.
En principe, un membre du Parti n'avait pas de loisirs et n'était jamais seul, sauf quand il était au lit. On tenait pour acquis que lorsqu'il ne travaillait pas, ne mangeait ou ne dormait pas, il prenait part à quelque activité collective. Faire n'importe quoi qui pourrait indiquer un goût pour la solitude, ne fût-ce qu'une promenade, était toujours légèrement dangereux. Il y avait, en novlangue, un mot pour désigner ce goût. C'était egovie, qui signifiait individualisme et excentricité.
Les nobles attitudes
Je l'avoue, je ne m'en lasse pas. Ce Jean-Mimi, quelle découverte ! Je me sens un peu honteux de vous avoir privés de la suite du billet de l'ineffable Sir Crimson. La voici donc. Je vous préviens, c'est du grand art, réservé à une fine élite.
Vers 19H, j'avais terminé cette tâche prenante de lecture/correction. Dès aujourd'hui, je vais pouvoir en revenir à mes propres travaux. J'en suis heureux. Mais je le ferai avec lenteur, sans précipitation, rentrant progressivement dans mes sujets. Le temps apparemment perdu est en fait toujours du temps gagné, quand il s'agit de concevoir et d'écrire.J'ai passé cette longue après-midi nu, comme j'aime le faire, même "en temps normal" à mon domicile, heureux de m'être enfin soustrait aux contingences du monde. Du coup, j'ai passablement changé d'aspect et, ce matin, mon teint fait songer à celui d'un vacancier rentrant d'une plage à la mode.En début de soirée, je me suis acquitté de mes devoirs envers mes amis, arrosant leur jardin, leur potager et leurs plantations, pendant près de deux heures. J'évoluais, serein, dans un airial à la fois paisible et quelque peu menaçant : paisible parce que cette petite propriété au coeur de la forêt est à l'écart des turbulences du monde ; menaçant parce que la nature, comme souvent, m'est apparue dans une indifférence hostile à l'homme, lequel s'échine à y faire sa place. Le ghost catcher suspendu dans le grand chêne soulignait cette impression, en lâchant de temps à autre ses notes métalliques.Dans la nuit, des animaux (rongeurs ou oiseaux) m'ont dérangé dans mon sommeil. Mais j'étais assez tranquille pour me rendormir aussitôt.Au lever, j'ai été accueilli par les deux chats, que je nourris, et qui sont et seront ici mes seuls compagnons.
Ne croyez pas que ce billet est unique. Pas du tout, il y en a comme ça des centaines. Jean-Mimi est d'une folle prodigalité, il ne craint pas de regarder la beauté en face, si vous voyez ce que je veux dire.
C'est tellement beau, cette pose hiératique de l'artiste-professeur qui se regarde se regarder. La Nature aussi le regarde, l'observe, l'admire. La Nature se dit : « Merde alors ! Quel est ce bel éphèbe nu qui nous arrose les racines ? Vindieu [la Nature parle un peu fruste, parfois, faut l'excuser], vise un peu le mec, ouah ! Tu veux mon avis, Nicole, ce mec-là c'est un professeur, ou un artiste, ou les deux, enfin un mec cultivé, quoi, tu vois ! Je te l'dis, moi, ça se sent, ces trucs-là. T'as vu comment qui tient le tuyau ? On voit bien tout de suite qui sait de quoi ça cause, si tu veux mon avis. C'est pas comme les ploucs qu'on voit d'habitude par là autour. Non, je déconne pas, t'as vu ces lunettes de soleil, là, c'est pas de la daube achetée au Cora du coin, ça. On sent bien qu'il est tranquille aussi, non ? Serein, voilà, merci Nicole, c'est le mot que je cherchais. » (Je passe… Question herméneutique et tout (comme disent les Camusiens), la Nature elle est parfois difficile à arrêter, quand elle est partie.) Là, il faut que je corrige Jean-Mimi, qui s'imagine que « la nature, comme souvent, m'est apparue dans une indifférence hostile à l'homme, lequel s'échine à y faire sa place ». Non, Jean-Mimi, la nature est ton amie ! Pas du tout indifférente, la nature, Jean-Mimi, oh non, elle est même sur le cul, la nature, quand paraît en son sein un artiste-professeur aussi fervent et austère. (Je vous explique plus tard.)
Donc, Jean-Mimi s'acquitte de « ses devoirs », tout nu, mais serein, avant de nous le raconter en tapant avec ses petits doigts boudinés (« avec lenteur, sans précipitation ») sur le portable qu'il n'a pas manqué d'apporter dans sa retraite sauvage, "perdue au milieu de nulle part". Je ne sais pas vous, mais moi je me demande comment je ferais si on ne m'avait pas fait découvrir le blog à Jean-Mimi. Je serais toujours en train de me demander : putain mais qu'est-ce qu'il fait le gonze et tout ? Enfin, je serais inquiet, pas serein, pas tranquille pour deux sous, tu vois. Je serais là en train de me demander comment ça vit, un artiste-professeur. Pas vous ? C'est quand-même ça la force de la bloge, et son intérêt, et sa nécessité, même. Que tout le monde, même Georges, même Véra, puisse savoir le détail des journées de Jean-Mimi, je sais pas, je trouve ça hyper-important. Ça crée du lien, quelque part. Tiens, un exemple : hier-soir, j'ai appris que Beuche il avait l'aiguille dans le rouge. Comment je l'aurais su, sans le Blog ? Quand ça chauffe à Rabastens, je me sens concerné, moi. Je suis pas comme ces artistes qui vivent dans leur tour d'ébène (je dis ébène pour ne pas être accusé de racisme), juste avec le JT de 20h ! Non, je ne vise personne. Couché, Digoux !
Mais ne nous laissons pas distraire par le commun. Jean-Mimi, à son réveil, est accueilli par deux chats. Comment ne pas penser à :
Les amoureux fervents et les savants austères Aiment également, dans leur mûre saison, Les chats puissants et doux, orgueil de la maison, Qui comme eux sont frileux et comme eux sédentaires
Jean-Mimi, on sent bien qu'il y pense, à Charlie, même s'il pipe pas mot (il est serein). Ils prennent en songeant les nobles attitudes Des grands sphinx allongés au fond des solitudes, Qui semblent s'endormir dans un rêve sans fin. Hein ! Si ça cause pas de Jean-Mimi, ça, je veux bien être privé de bloge pendant deux jours ! Et pour ceux qui ne seraient toujours pas convaincus : « Amis de la science et de la volupté ». Là, on ne peut plus faire semblant de ne pas voir ! Ami de la science et de la volupté, ça, c'est tout Jean-Mimi ! Y a qu'à voir sa blogroll ! Prenez Maîtresse Cindy, par exemple, avec sa jolie tête de caissière de Monoprix. Du calme, Beuche, du calme, tu vas encore nous couler une bielle ! Bon, Maîtresse Cindy, si c'est pas de l'érotisme haut de gamme, ça, avec la musique super évocatrice et tout, je sais pas ce qui vous faut ! Allez regarder de ma part le petit documentaire réalisé par ARTE (oui, Arte…) sur la sulfureuse Maîtresse Cindy, on peut l'entendre parler, et ça vaut tous les discours du monde, ça. Je suis sûr que Véra elle trouve ça super, aussi. Un peu genre Dahlia. Ah, vous ne connaissez pas Dahlia ? C'est grand, Dahlia ! Il faut absolument la regarder et l'écouter dans le petit film que les éditions Leo Scheer ont réalisé sur elle. Grandiose ! On sent la fille intelligente et tout, enfin moi c'est mon avis, hein. Fine, cultivée, racée, belle, pas vulgaire pour deux sous, elle a tout pour elle, la Dahlia. Et cette manière de fumer le cigare… Classe, non ? Vous voulez du style Dahlia ? « Je répond à la question que certains m’ont posé, oui je suis signée chez un éditeur qui est très bien diffusé (et ce n’est pas la seule de ses qualités de toutes façons ^^), donc vous pourrez me trouver aussi bien en FNAC que Virgin que des librairies indépendantes. Et si ce n’est pas le cas… Engueulez un vendeur pour qu’il vous le commande. » On voit tout de suite le très haut niveau de la langue.
Les potes à Véra (Jean-Mimi, Dahlia and so on) sont tous, AMHA, des "amis de la science et de la volupté". SIC LOL. En d'autres termes, des "créatifs". Ces gens-là ne sont même pas des "Amis du Désastre", ils n'ont même pas le niveau de ces derniers, ils ne sont que les résidus du Désastre lui-même.
lundi 24 août 2009
Fermez les yeux !

« La plupart des solistes qui se produisaient au Birdland devaient attendre la sortie d'un nouveau disque de Parker pour savoir ce qu'ils devaient jouer. Que vont-ils faire à présent ? »
(Charles Mingus)
« Charlie Parker est arrivé. Puis Mingus qui a accordé sa basse. Et Bud Powell qui semblait totalement absent. Il était devant son piano, mais ne le touchait pas. Tout cela se passait dans l'indifférence générale… Il y avait beaucoup de monde du fait que c'était un samedi. Mais personne ne s'intéressait à ce qui se passait sur scène. Parker lança un titre à Bud Powell. Ce dernier joue l'introduction de "Little Willie Leaps", puis s'arrête de jouer. Mingus pose sa basse par terre. Parker le voit partir, et tout en jouant d'une seule main le rattrape et lui fait signe de continuer à jouer. Finalement, Bud Powell se retourne vers le public, tournant le dos au piano, les coudes sur le clavier, le regard "out of this world". Il se passait un drame ; le public était toujours indifférent. Parker, Mingus et Blakey ont joué seuls. Ils ont joué le blues. Avec un volume… comme des dingues. Moi je prenais des photos… Trois jours après, mon copain arrive et me dit : Charlie Parker est mort ! »
(Marcel Zanini)
« Mesdames et Messieurs, je vous prie de ne pas m'associer à tout cela. Ce n'est pas du jazz. Ce sont des malades. »
(Charles Mingus)
Le médecin revient chaque jour et pose à Bird quelques questions de routine et notamment s'il boit de l'alcool. Celui-ci répond, ironique : « Juste un verre de sherry, parfois, avant le dîner. » Au bout de trois jours, son état semble s'améliorer et on l'autorise à regarder Tommy Dorsey à la télévision. « Nous l'avons calé dans une chaise longue, avec des oreillers et des couvertures. L'émission lui plaisait. Bird était un fan de Dorsey. "C'est un merveilleux tromboniste", disait-il. Puis est venu le moment où les jongleurs faisaient voltiger des briques qui restaient collées ensemble. Ma fille demandait comment ils faisaient, Bird et moi prenions des airs très mystérieux. Soudain, ils ont laissé tomber les briques, nous avons tous éclaté de rire. Bird a ri bruyamment puis a commencé à s'étouffer. Il s'est redressé, a hoqueté deux fois, et il est retombé dans sa chaise. J'ai sauté sur le téléphone pour appeler le médecin."Ne t'inquiète pas, Maman, m'a dit ma fille, il va bien maintenant." Je suis allée prendre son pouls. Il avait la tête penchée en avant. Il était inconscient. Je sentais toujours son pouls. Puis il s'est arrêté. Je ne pouvais pas le croire. Je sentais mon propre pouls. J'essayais de croire que mon pouls était le sien. Mais je savais vraiment que Bird était mort. Au moment où il s'en alla, il y eut un énorme coup de tonnerre. »
(Baronne Pannonica de Kœnigswarter, in Charlie Parker, de Hugues Le Tanneur)
dimanche 23 août 2009
Respectitude (par-delà)
La région où je vis vient de perdre le président de son Conseil Régional : Alfred Zambert a succombé hier des suites d'un malaise cardiaque.Centriste, humaniste, chantre de la décentralisation, européen convaincu, cet homme mériterait déjà d'être plus (re)connu, ne serait-ce que pour deux faits d'arme : d'une part, il pria toujours le Front National et autres émanations "buboniques" d'aller voir ailleurs ; d'autre part, inspiré par le droit local qui oblige assistance aux plus pauvres d'entre les pauvres, il créa dans sa bonne ville de Saverne un Revenu Minimum d'Existence, ledit subside devenu, en 1985, proposition de loi qu'il aura déposé sur le bureau de l'Assemblée nationale - quiconque s'intéresse à l'oeuvre de Michel Rocard connaît la suite...Respect.
Trouvé ça sur le blog d'un copain de Jean-Mimi. Lettres Libres, ça s'appelle ! « Cahiers libératoires, carnets limbiques et chroniques littéraires de Christophe Borhen Dissidences, errances, (ré)jouissances et résistances d'un auteur (presque) anonyme, libertin postlibidineux... » Je sais pas si vous voyez le truc. Dissidences et résistances, etc. Tous les mots y sont, je veux dire les MVA (mots à valeurs ajoutés) qu'il faut mettre en évidence (et au pluriel) pour faire partie de la bande aux culs de lune. "Lettres Libres", putain, alors qu'il n'y a pas plus comprimé du sphincter, pas plus chiasseux de l'encéphale, pas plus mou du pieu.
« L'œuvre de Michel Rocard », je sais pas si vous voyez. L'œuvre-de-Michel-Rocard ! C'est grand, ça, non ? Pour aller très vite, il y avait l'œuvre de Parménide, celle ou celui de Michel-Ange, celle de Beethoven, et puis celle de Rocard. On avance à grands pas, dans le monde de notre auteur presque anonyme qui jouit rien que du sentiment de sa folle liberté.
"Lettres Libres", putain… Ces gens-là, Monsieur, ils sont libres. Libres de répéter, de litaniser, de geindre en cadence, d'entonner en chœur mixte tous les refrains débiles du temps, comme les mutins de Panurge assermentés qu'ils sont. Michel Rocard et son œuvre. Alfred Zambert et son œuvre. Donc, les faits d'arme du camarade Alfred Zambert, outre son humanisme qui ne se discute pas, c'est le grand, l'énorme, le fabuleux courage qu'il a dû lui falloir pour bêler en écho de tous les auto-résistants (comme il y a désormais des auto-entrepreneurs), et brandir le passeport qui les vaut tous, celui de l'antifascisme citoyen et post-historique. Ces gens-là auraient le courage, je ne sais pas, moi, de se battre à mains nues contre une dangereuse mamie (nazie !) de quatre-vingt dix ans arc-boutée sur son déambulateur et qui les menacerait de son sac en plastique roulé en boule. Libertin, qu'il est, l'auto-résistant ! Ça c'est sûr, on l'imagine bien avec son petit phallus solidaire en plastique équitable. Je suis certain que toutes les lectrices de Georges sont déjà en train de mouiller en pensant au libertin libertaire libre de toute entrave et subversif comme la pluie.
Ah, les copains de Jean-Mimi, faut pas leur en promettre, hein ! Ils te révolutionnent le monde d'un coup de blog, comme d'autres vont aux chiottes, je vous raconte pas. 'Tention ! S'il y a (c'est un exemple) un "lepénisé-de-l'esprit" qui vient à passer par là, putain ce qu'ils lui mettent ! Mais d'abord, ils commencent par monter sur leur petit tabouret, et ils se collent le badge, vite, mais si, vous savez, le badge qui dit "Moi être Homme Bien faisant partie des Bons du Bien, moi Humaniste sensible et ouvert à l'Autre, moi Frère de l'Autre, moi ennemi de personne, enfin, surtout pas de l'Autre, quoi. Moi ancien Coupable Repenti et Gentil." (Il y a beaucoup de majuscules, sur leur badge, c'est pas de ma faute.) Tiens, un exemple de comment ils parlent, pour être concret :
J'ai passé l'après-midi dans le hamac installé en bordure de piscine, corrigeant quelques dizaines de pages d'une thèse (dont je ne dirai rien, ici, pour des raisons évidentes et facilement compréhensibles : il m'incombe d'informer mon étudiant de mes remarques, - ce sera fait le 1er septembre -, et non de me répandre intempestivement sur le Net).Cette correction, vécue comme une corvée, je l'ai adoucie en l'interrompant à peu près toutes les trente minutes, m'accordant alors une diversion télématique - la consultation compulsive de ma mail-box et de mon (nouveau et récent) compte FaceBook.
Je sais, c'est assez dur à encaisser, deux paragraphes de littérature hard-discount à l'heure de la sieste, mais sinon on va encore me dire que j'invente. Ça parle comme ça, les auto-résistants en villégiature. Et encore, là, j'y suis allé mollo, on est à une heure de grande écoute ! Je le vois bien, le Jean-Mimi, à poil près de la piscine de ses potes, en train de se faire fouetter par un imam qui passerait par là. En plus l'imam il le prendrait pour un pédé, sûr. Au moins deux raisons de le tabasser. Mais Jean-Mimi il couinerait de plaisir maso en nous expliquant qu'on l'a bien mérité, que c'est la revanche des damnés de la terre, et tout. Salope ! Pédé de Français ! Intello de mes deux ! (C'est l'imam qui parle…) Va me chercher une bière ! (Oui, certains imams, paraît-il, sont hyper-ouverts.) Et notre Jean-Mimi toujours à poil de se dire : putain, merde, pendant que je cours au frigo, il va lire les mails de ma chérie ce con ! (Et puis faut voir les mails de Jean-Mimi, hein, c'est du hard, aussi.) J'arrive, Imam, j'arrive, mais il n'y a plus de bière halal, je vous prends un Seven Up ? L'autre, évidemment, il s'en branle que la bière soit halal ou pas, ce qu'il veut c'est mettre une branlée à Jean-Mimi, et profiter aussi un peu de la piscine, pour une fois que personne le voit. Bon, je développe pas, les vacances des profs, c'est pas toujours le paradis, faut pas croire.
Mais revenons à nos moutons. Donc, le Libre Penseur Libératoire et postlibidineux tient à signaler au peuple de France que M. Alfred Zambert n'est plus. Immédiatement, intervention essentielle de Bribri Gigi, la poétesse que les lecteurs de Georges connaissent déjà : « Vous avez bien raison de parler de cet homme dont j'ignorais l'existence et la mort. Mais la reconnaissance de qui oeuvre pour le bien est juste et... nécessaire. » Hein ! C'est envoyé, ça, non ? Bribri ne sait pas faire une figure essentielle de la typographie française, le e dans l'o (œ), mais on ne va pas s'arrêter à des détails insignifiants. Non, ce qui est fort, on va dire, c'est le "œuvrer pour le bien". Ça c'est himportant. C'est même assez hévident, j'ai envie de dire, mais bon, Bribri elle a peur de rien, elle fait assurément partie de ces gens qui n'ont pas peur d'affirmer, au péril de leur vie, des vérités subversives et controversées à mort. Genre qu'on est contre la mort, contre la maladie, contre la guerre, contre les méchants, contre les catastrophes. Et c'est pas tout, juste après, une certain Sophie Kafka ajoute : « C'est bon de savoir qu'il existe aussi des gens très bien qui font de la politique, au sens premier du terme. Merci Cricri. » Au sens premier du terme, elle croit devoir ajouter. On sait pas trop de quoi elle parle, et à mon avis, elle non plus, mais ça n'a aucune importance. Ce qu'il faut bien comprendre (comme on dit), c'est que notre bonne Sophie elle aussi elle fait partie des gens Bien qui œuvrent pour le Bien (même pour le très Bien). Merci Sophie. Elle doit être bien, la Sophie. Je l'imagine deux secondes, si vous permettez. Je sais pas pourquoi, je crois qu'elle doit être hyper-bandante, la Sophie Kafka, ouais, ça doit être un sacré coup au plumard, non ? Genre, elle est devant, à genoux, et elle te souffle : « Oui, mon Salaud, vas-y, œuvre pour le Bien, Georges, au sens premier du terme, hein ! C'est bon de savoir qu'il existe des gens comme toi qui me font de la politique jusqu'aux oreilles ! » Vous voyez le truc ! Moi évidemment, je peux pas résister, quand on me parle comme ça : je balance tout. Mais voici Vinosse qui entre dans la danse : « Un homme fréquentable sans aucun doute... Mais que faisait-il dans la galère sarkozyste ??? » (Un chieur, ce Vinosse, que vous vous dites, un qui fout la merde ? Mais non, vous n'avez rien compris. On va voir ça un peu plus loin.) Où l'on voit tout de suite comment fonctionne le cerveau de ces amibes. Imaginez un tableau avec deux boutons ; un rouge et un vert. Ils doivent sans arrêt choisir entre le vert et le rouge. Le vert c'est bien, le rouge c'est mal. De temps en temps — oh, rarement, on veille — une info est grise. Ils sont alors pris de panique : merde, Cricri, je fais quoi, là, putain chuis mal ! "Mais que faisait-il dans la galère Sarkozyste ???" + "Un homme fréquentable" = information grise. Observons l'amibe. On ne lui a appris qu'une seule chose : le monde est réparti en deux catégories. La catégorie du Bien et la catégorie du Mal. Plus simplement, le Vert et le Rouge. Quand une info grise arrive par mégarde à passer les mailles du chinois, souffle brièvement un vent de panique. Mais Big Mother veille : « @ Vinosse : juste question... En fait, il y était sans y être car se cantonnant à la seule Alsace... » Ah, ouf ! VERT ! Vert MALGRÉ Sarko ??? Oui, malgré Sarko. Mais nous sommes dans la complexité maximale du cogitum auto-résitant. Il va sans dire qu'une telle situation ne se présente qu'exceptionnellement. Tout est fait pour que l'alternative soit une alternative de niveau zéro, et c'est bien ce qui se passe : plus un individu vous parle de sa liberté, plus il y a de chances qu'il soit aussi libre qu'un humain l'est par exemple de respirer ou non.
Mais creusons encore la question. Pourquoi VERT MALGRÉ SARKO ? La réponse est toute simple. Il faut revenir au texte, comme toujours. « Il pria toujours le Front National et autres émanations "buboniques" ». Inutile de continuer la phrase, le MVA est là, il suffit à déclencher le sérum anti-info grise. Vous placez la séquence de mots "Front-National", plus loin "autres-émanations-buboniques", et la seringue se vide automatiquement dans le cortex auto-résistant. Le Vert est mis. On pourrait même encore simplifier : le syntagme "Front-National" + l'adjectif "bubonique" auraient suffi. Un ami policier me racontait tout récemment comment fonctionne désormais le standard de la police nationale, quand on compose le 17. La aussi le numérique (c'est-à-dire le binaire) a pris le contrôle. Le serveur réagit à des mots clefs, et à des séquences de mots-clés, à la manière du système "Échelon". Si vous ne prononcez pas les bonnes séquences, n'espérez pas voir arriver la patrouille avant le lendemain matin. Nos auto-résistants, les blogueux assermentés, avec leur cerveau uni-alternatif, fonctionnent de la même manière. C'est pourquoi la lecture d'un blog de mille pages peut se faire, si l'on connaît les MVA, en une minute trente chrono.
29 août 1920 - 12 mars 1955
« Ça, je l'ai déjà joué demain, c'est horrible, Miles, ça, je l'ai déjà joué demain ! »*
On peut faire le tour du monde, le tour de la musique, le tour des femmes, et puis, un beau jour, on en revient là. Charlie Parker. Comment c'est possible, Charlie Parker ? C'est impossible ! En quelques mois, en quelques semaines, ce type a tout appris, tout compris, tout entendu. Il fallait que ce soit l'alto, ce son un peu étroit, métallique, tendu et brûlant, tout le contraire de Ben Webster. Parker n'est pas un romantique, il n'a pas le temps. Il ne prend pas le temps de se faire entendre, il a juste quelques phrases à faire, et il sait d'instinct que tout va aller très vite. Peu importe les moyens, que ce soit les femmes, l'alcool, la drogue, qu'on lui demande d'être là ou pas, qu'on l'aime ou pas, tout ça est secondaire, très loin de son absence singulière, qui le fait se consumer sans début ni fin. Charlie Parker a juste quelques phrases à jouer, à graver, plutôt, dans le métal du temps. Avant, après, rien.
Regardez ce film. Coleman Hawkins fait du jazz, du très bon jazz. Parker, lui, fait semblant de faire du jazz. Il n'est pas là. Écoutez comment ce la bémol incroyable coupe la parole au ténor. Quand il a fini son chorus, il a l'air de dire : Ça y est, j'ai fait mon truc, c'était que ça, je peux en faire des milliers comme ça, passons à autre chose. On m'attend ailleurs.
Il y a une grande proximité entre Mozart et Parker. Ils sont morts au même âge, ni l'un ni l'autre n'avait le temps, et l'un et l'autre ont mis tout leur temps dans quelques phrases qui ont rayé définitivement le disque sans fin.
(*) L'Homme à l'affût, Julio Cortazar
samedi 22 août 2009
La Substitution
La substitution démographique est l'un des thèmes les plus rebattus sur ce modeste blog. À tous égards, c'est l'une des données majeures de ce début de siècle, l'une des rares, peut-être, qui permette de décrypter les bizarreries post-politiques auxquelles nous sommes soumis. L'Europe entière commence tout juste à faire face à un phénomène absolument inédit dans son histoire : l'installation massive sur son sol de populations étrangères désarmées, globalement pacifiques, super-prolifiques et en inadéquation culturelle quasi-totale avec les peuples supposés les accueillir sans rechigner. Ces peuples - les plus anciennement installés sur ce territoire, c'est à dire "les nôtres" - ont vu leurs taux de natalité se stabiliser très logiquement suite à une hausse conséquente du niveau de vie. Les conséquences de ce chassé-croisé sont évidentes : les derniers arrivés vont, en l'espace de quelques décennies seulement, prendre le pas sur les premiers, pourtant installés là depuis des siècles.Bref. Nous connaissions les déclarations de Boumédienne, ancien président algérien, en 1974 : "Un jour, des millions d’hommes quitteront l’hémisphère sud pour aller dans l’hémisphère nord. Et ils n’iront pas là-bas en tant qu’amis. Parce qu’ils iront là-bas pour le conquérir. Et ils le conquerront avec leurs fils. Le ventre de nos femmes nous donnera la victoire." Celles de Kadhafi, actuel dirigeant libyen, en 2006 : "Le monde entier doit devenir musulman. Aujourd'hui, ici à Tombouctou, nous rectifions l'histoire. Nous avons 50 millions de musulmans en Europe. Il y a des signes qui attestent qu'Allah nous accordera une grande victoire en Europe: sans épées, sans fusil, sans conquêtes. Les 50 millions de musulmans d'Europe feront de cette dernière un continent musulman. Allah mobilise la Turquie, nation musulmane, et va permettre son entrée dans l'Union européenne. Il y aura 100 millions de musulmans en Europe. L'Europe subit notre prosélytisme, tout comme l'Amérique. Elle a le choix entre devenir musulmane ou déclarer la guerre aux musulmans." Celles d'Erdogan, premier ministre turque : "Les mosquées sont nos casernes, les minarets nos baïonnettes, les dômes nos casques et les croyants nos soldats."Nous connaissions la plupart des opinions des grands leaders du monde musulman au sujet de l'Europe.Mais c'est bien la première fois, à ma connaissance, qu'un leader musulman européen fait une déclaration de ce genre, avec autant de franchise. Monsieur Shahid Malik est un député britannique. Travailliste, bien entendu (le PS local, pour faire vite). Ancien secrétaire d’Etat à la Justice et actuel secrétaire d’Etat aux Communautés et au Gouvernement local. Ce n'est donc pas vraiment un obscur imam qui ne représenterait que lui-même. Ce n'est pas non plus un jeune discriminé issu des quartchés.Le document date d'octobre 2008 (félicitations à ceux qui l'ont déniché et traduit). Étrangement, il n'a pas été relayé. On se demande bien pourquoi :
Voilà. C'est tout. C'est aussi simple que ça. Des peuples vont mourir, d'autres vont prendre leur place. Le pouvoir changera de mains. Pas de combat. Pas d'héroïsme. Pas de résistance. Seulement la démographie. Les ventres. La base de la base, le b.a.-ba.Vous ne pourrez pas dire que vous ne saviez pas. Ou que c'est un fantasme d'estrême-drouââââte lepenistonaziste. Vous ne pourrez pas non plus vous plaindre parce que votre liberté part en lambeaux. Parce qu'on ne peut plus boire d'alcool ou bouffer du cochon. Qu'on ne peut plus chanter, peindre ou écrire. Qu'on ne peut plus se promener dans la rue en mini-jupe sans risquer de gros ennuis. Qu'on ne peut plus se promener tout court sans devoir baisser les yeux, pour les moins bien lotis.Vous ne pourrez pas vous plaindre parce que - pour paraphraser un peu aléatoirement Renaud Camus et son ouvrage Le Communisme du XXIème siècle - "des pans entiers de la connaissance, de la culture et du savoir accumulé de l'espèce seront récusés, mis à bas et enterrés. Parce que des pans entiers de l'expérience, de l'actualité bien sûr, mais plus directement de l'expérience quotidienne de vivre, de bouger, d'habiter la ville, d'éprouver ce qui arrive quand on descend dans la rue, quand on prend l'autobus, le métro ou le train, des pans entiers du temps, des pans entiers du regard, des pans entiers de la tactilité d'exister auront disparu, et qu'on affirmera, très tranquillement (et, ajouterais-je, pour ne pas déplaire à nos nouveaux maîtres) qu'ils n'ont simplement jamais existé".Vous ne pourrez pas non plus pleurnicher parce qu'un jour des désespérés décideront que non, vraiment, on ne peut pas laisser faire ça.Enfin, il faut bien noter que ce député ne parle même pas de diversité ou de multiculturalisme. Non, non. Il parle de prendre le pouvoir. Purement et simplement. Sans même prendre la peine de noyer le poisson avec les habituels discours métissolâtres. Les choses sont dites crument. Le projet est annoncé. C'est officiel. C'est presque déjà fait, et avec le plus grand naturel du monde.Car, nous dit à nouveau Renaud Camus, "nous avons cessé d'accueillir des individus, nous nous sommes mêlés de recevoir des peuples ; et cela d'un cœur d'autant plus léger qu'un peuple, on ne savait plus trop, ni ne voulait-on savoir, Hitler aidant, ce que cela voulait dire (mais lui oui). Et ces peuples à présent parmi nous, ils continuent, avec une innocente obstination de peuples (parfois un peu nocente, tout de même), à se ressembler à eux-mêmes, bien plus étroitement en tous cas qu'ils ne ressemblent à ce qui fût le nôtre. De ceci ni de cela ils ne paraissent éprouver grand regret, d'ailleurs. Ils n'ont pas lu Adolf Hitler, même à l'envers" (ndr : ils n'ont pas la crainte du retour du nazisme, ce spectre malveillant dont ils n'ont que faire et qui hante les seules consciences occidentales).Ne manquons pas non plus de remarquer le sourire goguenard du député quand il dit "au cas ou il y aurait des journalistes ici, qu'ils sachent que ce [ndr : l'islamisation totale de l'Angleterre donc] n'est pas mon objectif". Le foutage de gueule à son paroxysme.Bref, je ne sais pas s'il est arrivé une seule fois dans l'histoire qu'un grand peuple se soit laissé remplacer aussi facilement. Sans se poser la moindre question. En riant. En se félicitant pour sa tolérance.Nous sommes minables.(…)
Hank voit juste. Ma mère, il y a de ça vingt ans déjà, me tenait ce discours. Et je lui riais au nez…
À tous les blogueux (dédicace)

J'achetai et je lus un traité de psychanalyse. Il n'est pas difficile à comprendre, mais très ennuyeux.Après déjeuner, commodément étendu dans un fauteuil club, me voici un crayon et une feuille de papier à la main. Mon front n'a pas une ride, je viens d'éliminer tout effort de mon esprit. Ma pensée m'apparaît dissociée de moi-même. Je la vois. Elle monte, elle descend… mais c'est là sa seule activité. Pour lui rappeler qu'elle est la pensée et qu'elle a pour mission de se manifester, je saisis mon crayon. Et voici mon front qui se charge de rides parce que chaque mot se compose de lettres (…)
(À tous les cons qui passent par ici)
jeudi 20 août 2009
La blogolalie expliquée à ma fille (la hauteur du réel)
Dimanche 12 juillet 2009Je reviens d'une randonnée de 15 km avec ma fille sur les coteaux rabastinois, lever à 4h30, et petit-déjeuner à la ferme succulent au passage. Temps magnifique, chevreuils, campagne relativement préservée, ma fille heureuse et qui grandit. Qu'en dire d'autre ? Les mots ne dénatureraient-ils pas plus qu'ils ne raconteraient ? Comment "raconter" cela ?J'ai toujours la fâcheuse impression que je suis incapable d'exprimer par les mots ce que j'aimerais être capable de ressentir pleinement par les sens.Comment être dans l'instant, et comment écrire cet instant ? Comment être à la hauteur du réel ? Comment ne pas rendre banal quelque chose qui ne l'est pas mais qui, écrit, pourrait tendre à l'être ? Comment faire vivre par des mots qui appartiennent à tout le monde des émotions qui n'appartiennent qu'à moi - car les émotions ne se partagent jamais, c'est là leur drame, et c'est là leur grandeur - ?C'est qu'il faut être écrivain, et je ne le suis pas.
Sacré Labeuche ! Il se demande en somme comment il faut s'y prendre… pour se taire !
(…)
Encore un petit effort, Pascal, et tu vas devenir durassien.
Marie-Thérèse
Le vendredi 14 août, il s'est passé quelque chose. Enfin. Et, bien entendu, personne d'entre vous ne le sait.
Le blog que vous avez demandé n'existe pas

et n'a jamais existé.
Vous pensez bien qu'un homme atrabilaire, méprisant, antimoderne, réactionnaire, misogyne, orgueilleux, las, obsédé, raciste, homophobe, qui déteste la chanson, le rock, la pop music, le rap, la "variété", qu'elle soit française ou étrangère, la techno, et toutes ces choses qui font du bruit pour des prunes, un tel homme n'existe pas, n'a jamais existé, ne peut pas exister. Tout le monde le sait bien. Pure fiction d'août, pur fantasme né dans le cerveau malade d'un humain antédiluvien qui, lui-même, n'est qu'un rêve repoussant. Même Véra lui disait, hier ou avant-hier, qu'il ne "pouvait être homophobe, ni raciste", que c'était "insupportable". Même Véra ! Insupportable, voilà, le mot est lâché. Insupportable et hors la loi. Hors de l'humanité. Elle pense, la gentille Véra, que Georges "fait de la provoc", qu'il "s'amuse"… Gentille Véra ! Comme elle est loin de la vérité, invisible et insupportable vérité. Les gens bien, non, les gens normaux, eux, ne sont ni homophobes ni racistes, et ils aiment autant Beethoven que les Beatles, autant Georges que Jean-Michel Devésa, autant la blogosphère que les livres, qui ne sont, comme chacun sait ou devrait savoir, que les deux faces d'une même médaille, la médaille de la Culture. Ils aiment tout, les gens normaux, ils sont des femmes, les hommes normaux, ils sont sympas, les gens normaux, ils sont gentils (comme Labeuche), les gens normaux, ils sont écolos, de gauche si possible, mais ça n'a même plus tellement d'importance, ils ne sont ni misogynes ni ratés, ils écriturent, les gens normaux, ils sont tous artistes, ils vont au ciné, ils vont voir des concerts, et ils écoutent Michel Onfray, même. Ils ne sont pas catholiques, les gens normaux. Ils adorent l'Autre, le Grand Autre, le petit autre, tous les autres, ils parlent volontiers de Levinas, le père, qu'ils ont bien compris, ils sont très religieux, très vivrensemble, très citoyens, ils sont éclectiques et branchés. Bref, ils n'ont rien à foutre ici, les gens normaux. Mais comme cet ici n'existe pas, tout va bien. D'ailleurs, s'ils veulent les clefs de la bloge de Georges pour y faire pousser leur navets et y cultiver leur art citoyen, Georges les leur donne, leur laisse le terrain. La terre est bonne, l'engrais naturel. Pas d'entretien, pas d'arrosage, pas de frais. Georges se retire, que dis-je, il n'a jamais existé.
Personne n'a compris ce que signifiait la phrase de Raymond Carver, en exergue, plus haut. C'est bien à Georges qu'elle s'adresse, cette injonction ! Injonction inutile, d'ailleurs, puisque plus Georges "parle", moins on l'entend. C'est une loi d'airain qui ne s'applique pas seulement dans la blogosphère. Elle s'applique à Georges, où qu'il aille, où qu'il soit, quoi qu'il fasse. Quand il ne parle pas, on l'entend, quand il ne parle pas, il a l'air intelligent, même. Dès qu'il ouvre la bouche, un grand silence (un "double silence") s'en échappe.
Ah, que la musique était reposante, cette musique qui permettait aux autres de croire qu'ils vous aimaient, qu'ils vous comprenaient.
mardi 18 août 2009
lundi 17 août 2009
dimanche 16 août 2009
Ut # mineur, opus 66 (3)

Albert se souvenait encore du dégoût qui l'avait pris quand on avait voulu lui faire entendre le deuxième mouvement du Concerto en sol de Maurice Ravel, cette chose lente, molle et bancale qui semblait faite de l'agrandissement d'une demi-mesure de Chopin, étirée et sucrée jusqu'à la nausée. Il s'était précipité hors de la pièce, pris d'une envie subite de frapper la personne qui voulait lui faire aimer cela.
Il aimait la confiture de figues. Il n'aimait que cette confiture là. Le matin, il sucrait son café avec la confiture, remuant lentement jusqu'à ce que le deuxième thème de la Fantaisie fasse son entrée. Alors il portait le bol à ses lèvres. Le café avait le goût du ré bémol majeur.
Ut # mineur, opus 66 (2)

Si l'on fait exception de la période où il cherchait encore un sens à sa vie, il était exactement 17h56 quand Albert Duspasme a écouté la première occurrence de la longue série des Fantaisies qui allaient désormais l'accompagner jusqu'à la fin. Le lendemain, à la même heure, il l'avait écoutée deux cent soixante-quinze fois. À la trois-cent-onzième fois, il eut un renvoi. La tonalité d'ut dièse mineur avait laissé en lui son empreinte définitive. Albert Duspasme était dorénavant un homme en ut dièse mineur, quoi qu'il arrive.
samedi 15 août 2009
Enlever / Élever : en son sein, le Verbe

Marie, Mère de Dieu, je t'aime. Et j'emmerde avec une grande ferveur tous les abrutis blogosphériques qui viennent lâcher leurs petits jets d'urine sur un des plus grands mystères qui soient.
L'Enlèvement du corps de Marie, l'enlèvement corps et âme de Marie, ne peut que déplaire aux petits trous du cul ratatinés qui ne savent pas de quoi ils parlent, de quoi ça parle.
Une coupe de lait me fut offerte.Je la bus en suavité de douceur du Seigneur.Le Fils est la coupe ;L'allaitant, ce fut le Père ;Qui s'y allaita, l'Esprit de Sainteté.Puisque ses seins étaient pleins,Point ne fallait qu'à la manque son lait fut versé.L'Esprit de Sainteté s'ouvrit le flanc,Mêla le lait des deux seins du Père.Il donna le mixte au mondeAlors méconnaissant,Ceux-là reçoivent en plénitudeQui sont à la Droite.Le Ventre de la Vierge étreignit,Matrice reçut, elle engendra.La Vierge fut mère en tant de tendresses,Elle fut en gésine, elle engendra un fils.Elle ne souffrit pas,Puisque ce n'était pas à la manque.Point ne lui fallut d'accoucheuse,Puisqu'il la vivifiait.Comme un mâle, elle engendra en agrément,Elle engendra en exemple.Elle acquit à tant d'empoigne,Chérit en salut.Elle garda en douceur,Monta en majesté.Alléluia.(Odes de Salomon)
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